Jonathan Safran Foer ou le poids des mots

A défaut du dernier Aymeric Caron, Antispéciste, dont j’attends patiemment la sortie en livre de poche pour pouvoir le fourrer négligemment dans mon sac en sortant du métro et regretter plus tard en lissant ses pages meurtries d’être si peu soigneuse avec mes livres, je me suis rabattue sur la version poche, donc, de Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer.

Motion cosmétique.

Si j’avais commencé à venir raconter ma vie ici en 2015, j’aurais peut-être été une blogueuse beauté. Je pense même qu’on aurait moins parlé de nourriture : à l’époque, je n’avais même pas de cuisine digne de ce nom.

Mais la contingence de mon existence a voulu que 2016 me dote d’une cuisine honorable et d’un vague doute : est-ce bien raisonnable d’avoir autant de maquillage quand on ne se maquille pas ?

En verre et contre tous

Au moment critique où je retournai ma merguez végane l’autre jour, juste saisie, d’un mouvement de poignet nonchalant mais néanmoins bien assuré, tout en maîtrise et en rotation, je me suis demandé s’il y avait quelque chose de difficile quand on devenait végétarien…

Textures.

Il y a un aspect extrêmement culturel dans les textures qu’on apprécie ou qu’on tolère en bouche. Pour le goût aussi, naturellement, mais le constat est plus commun. Chaque pays a ses drôles de saveurs, on l’apprend dans les livres d’images : le fromage, les grenouilles, la panse de brebis farcie, l’agneau à la menthe, le beef jerky. Je n’avais pas conscience, toutefois, qu’une autre civilisation pouvait avoir un rapport si différent non seulement au goût, mais aussi à la mastication et à la déglutition. Au Japon, j’ai découvert une véritable appétence pour toutes les textures comprises entre le gluant et le gélatineux, voire entre le bloblotant et le visqueux. Ici pourtant, il suffirait presque de prononcer ces mots pour vous couper l’appétit.