Miami et pas qu’à moitié

Arriver en sifflotant, comme si de rien n’était, alors qu’on n’a posté que deux articles en presque cinq mois, ça doit pas être si évident, quand on a des lecteurs.

Ici, je peux me repointer hyper sereinement, sans sonner et sans bafouiller, mon rond de serviette m’attend toujours et de toute façon personne n’a débarrassé la table.

Je dis ça mais j’exagère, en vrai ce blog est en train de prendre, je le sais, je le sens, ce n’est qu’une question de lustres avant que je ne sois obligée de décliner par milliers des demandes de partenariats et de parrainage. Que voulez-vous, moi aussi, 2017 me donne l’humeur campagnarde.

Bref, du coup j’ai mille trucs à vous raconter, même en vous épargnant ces quelques sombres semaines d’octobre et de novembre où je n’ai fait que travailler et occasionnellement dormir.

À l’image de la photo de couverture de cet article, qui pour une fois n’est pas un livre de poche maladroitement mis en scène ou un gros plan à peine comestible, je vais poursuivre ce racolage éhonté en vous teasant sur les récits de voyage qui vous attendent bientôt sur le blog : Taiwan, New York, Princeton, et dès aujourd’hui, petits veinards, Miami.

Miami, entre nous, j’étais sceptique. En décembre, on était à New York avec l’inséparable, lui pour le boulot, moi pour l’inséparable, et on avait décidé d’aller y faire un tour pour le soleil et surtout pour cocher la case avant de ne pas y revenir. Sinon, j’étais comme vous, à “Miami” je levais le sourcil blasé du Parisien dont on titille le mépris de classe.

Et puis j’ai mis les pieds à Miami, et j’ai changé d’avis. Alors pour marquer le coup, dans l’avion du retour vers les vent glacés de l’Hudson river, j’ai décidé de m’écrire.

Chère Juliette sobre et de bon goût, 

Je t’écris de Miami Beach. 

C’est vraiment dommage que tu sois restée coincée sous la pluie à New York, avec les joggeuses de Central Park et les hipsters de Brooklyn. Je crois que tu te plairais beaucoup ici. 

En tout cas, moi, j’adore. En fait, je ne sais pas pourquoi le reste du monde ne ressemble pas davantage à Miami Beach. Ce n’est pourtant pas si difficile, de faire plaisir aux gens. 

Déjà, tu commences par peindre les immeubles de toutes les couleurs. Plutôt en pastel, mais ne te tracasse pas s’il te reste un fond de bleu roi ou de rose fuchsia à écouler : l’important, c’est surtout qu’il y ait beaucoup de couleurs différentes. Je sais que tu fais parfois des efforts énormes pour ne pas mélanger plus de trois couleurs quand tu t’habilles le matin. Je ne sais pas pourquoi tu te donnes tant de mal. Ici, la devise de Pantone, c’est the more, the merrier. Ça fait un bien fou. 

Les couleurs sont magnifiques, mais quand le soleil se couche, elles finissent par toutes ressembler au même gris tellement banal. C’est quand même dommage, parce qu’on l’aime bien, ici, la diversité. Alors tu vas me coller des néons de toutes les couleurs par-dessus tout-ça. Pas ces trucs à LED faiblards qu’on voit partout maintenant : tu me mets des vrais néons, des rouges, des bleus, des verts, les vintage qu’il faut remplacer quand ils tombent en panne et qui éborgnent toujours les noms qu’ils veulent écrire, des qui clignotent et des qui restent allumés tout le temps, la nuit et le jour aussi. De toute façon, derrière des lunettes noires et un verre de mojito, parfois on ne sait plus trop si le soleil et nous, on se couche ou on se lève, ou le contraire, je sais plus, ressers m’en un que je te dise voir.

C’est vrai, c’est pas trop ton truc les mojitos, et tu sais, c’est pas trop le mien non plus, mais les fruits et le sucre à paillettes qu’ils mettent au bord du verre sont vachement bons et personne n’a vu que je ne trempais qu’à peine mes lèvres dans cette piscine de rhum et de soda. Mine de rien, à petites gorgées, en terrasse, le cocktail avait quand même un léger arrière-goût de bonheur. 

Évidemment, tu me mets de la musique là-dessus, des trucs qui marchent à tous les coups, faut surtout pas prendre de risques sur la musique. Tu peux commencer par ressortir les CD de l’année dernière, personne te jugera et ça fera plaisir à tout le monde : Happy et I Gotta Feeling passeront crème. Je ne sais même plus si j’étais déjà majeure quand je dansais là-dessus. Mais le mieux, ce serait de mettre aussi pas mal de musique latino ou cubaine, tu sais, ce rythme-là en tata ta taaa, toujours le même, celui qui donne envie de danser même s’il n’est que 14h et que tu as à peine fini ton petit-déjeuner. C’est peut-être le mojito qui parle, mais je crois bien que même l’océan il shake aussi son écume sur ces rythmes-là. Oh et puis quand même, on est en décembre, tu me rajoutes des chants de Noël. Ca ira bien avec les décorations sur les palmiers, et tant pis pour la neige, faisons déjà avec ce qu’on a. Je me doute bien que tu serais sur le point de râler en disant qu’on les a déjà toutes entendues douze fois chacun : les tubes, les rythmes latinos, et les Christmas Carols. Et tu aurais raison de le remarquer. Mais tu sais quoi ? Même à la treizième écoute, je sais que cette ambiance musicale te rendra encore un peu plus insouciante. Me demande pas pourquoi, je le sais, j’en suis sûre, c’est Miami, cherche pas. 

Ensuite, tu prends plein de gens. De toutes les couleurs et de toutes les tailles, mais en surreprésentant un peu les extrêmes, surtout pour les tours de taille. Parce que sinon, niveau couleur, avec le soleil, même les touristes allemands sont plus proches du brown skin and cinnamon tan, woah-ho-ho que de la colorimétrie piña colada. Disons aussi qu’ici, si le grand latéral droit et le biceps ne se voient pas au premier coup d’oeil, c’est qu’on ne les voit plus depuis longtemps. Tu n’oublieras pas tout ce qui va avec ces grands écarts de mensurations : des machines pour faire de la musculation sur la plage, mais des ascenseurs partout. Des magasins de suppléments alimentaires mais des publicités pour anneaux gastriques. Des protein shakes au milieu des smoothies et des onion rings à 2000 calories la portion. Pour emballer tout ça, tu reprends un principe simple, un peu comme on a fait avec les immeubles : des couleurs, beaucoup, et plutôt vives, voire fluo (note pour mes jeunes lecteurs : le fluo, c’est le néon des années 1990), mais pas trop de tissu. S’il y a des paillettes, des diam’s, du plastique et des jeux de mots sur les t-shirts, c’est mieux. Ça y est, tu vas le lever, ton sourcil réprobateur ; c’est dommage ! C’est tellement joyeux et tellement cool toutes ces couleurs. Ça m’a même donné très envie de te rapporter la panoplie complète de South Beach : bikini drapeau américain (stars en haut, stripes en bas, c’est plus seyant), débardeur orange fluo « work hard, play hard », micro short en jean déchiré, talons hauts, faux ongles et coups de soleil. Mais tout était Made in China et je sais que tu commences à y être sensible. Comme quoi, les soucis fondent un peu plus vite au soleil que les valeurs. Trois jours de plus, et je finissais quand même par investir dans ce combishort en molleton rose fluo. 

On est en face de La Havane, alors tu n’oublieras pas de me faire un vrai petit quartier cubain, des fabriques de cigares, de l’espagnol partout, un mémorial de la Baie des Cochons et comme un air de liesse après la mort de Castro. Même en parlant espagnol comme un taureau anglais, ou pas du tout, la balade est merveilleuse. 

Évidemment, tu poses tout ça au bord de la mer. Tu la prends turquoise, avec du sable blanc et des palmiers. Tu fais monter le Celsius à 26, ça sera bien doux avec l’air de la mer. Tu mets des distributeurs de crème solaire gratuite sur la plage, les touristes français penseront que ce sont des distributeurs de capotes et que les Américains sont bien moins puritains que ce qu’ils pensaient.

Et pas trop loin, tu essayes de préserver un grand parc naturel, genre les Everglades. Ca leur fera du bien, aux gens, de pouvoir dire « see you later, alligator » et « for a while, crocodile » en personne, à la place de « another mojito, per favor » et de transpirer un peu sur un vélo. 

Tout ça pour te dire que c’était vraiment bien, Miami Beach. 

Je sais que tu étais un peu sceptique sur les bords (de mer), que tu attendais du bling-bling à outrance, des décors en carton-pâte et une débauche de paradis artificiels sous toutes leurs formes. Je t’ai même entendu penser que les palmiers, l’azur, le sable blanc, c’était un truc de carte postale et que c’était pas forcément tellement plus agréable que l’air frais et vivifiant des rochers bretons et de ces vrais gens qui mettent des marinières faites en France. 

Je t’assure qu’au premier pied posé sur Ocean Drive, même au milieu des décapotables et des flacons d’huile solaire, tu aurais changé d’avis. 

Je t’embrasse, 

Juliette insouciante et multicolore”

Je pose ça là, et je vous dirai, en me relisant, si je lève un sourcil.

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