Everybody’s gone running

… Sauf moi.

Non pas que je ne me sois pas jetée chevilles et tendons dans la fièvre planétaire de la course à pied, pour ça, c’est bon, je coche toutes les cases. Depuis les dernières fois où je vous en ai parlé (ici ou ), j’ai investi dans des cuissards et des vêtements de compression (Skins forever), j’ai quitté Runtastic en basculant du côté Garmin de la force avec une montre digne de ce nom, j’ai trottiné sur le chemin de la foulée naturelle en Sketchers, j’ai pleuré sur une valise volée dans un bar en juin dernier avec tout ce petit monde dedans, et puis j’ai séché mon chagrin dans le mesh rose fluo de mes nouvelles chaussures mutantes Hoka One One et dans le synthétique assorti de ma génialissime Flipbelt.

En revanche, ce matin, je crois que j’étais bien la seule à ne pas être aux vingt kilomètres de Paris.

J’avais pourtant tout ce qu’il faut, et en plus du matériel sus-cité, une inscription en bonne et due forme, mon certificat médical et un dossard. Tout, sauf le genou.

J’ai commencé il y a un gros mois à avoir mal au genou droit. Aucune douleur en courant d’abord, mais le lendemain d’une séance de fractionné particulièrement courageuse (je m’auto-congratule toujours copieusement après une séance de fractionné, parce que je trouve ça atroce), impossible de descendre les escaliers après être restée assise longtemps au bureau. Genou ne répond plus. Mais bon, tant qu’en courant ça va, pas de problème.

Ben justement, en courant ça dépend. J’ai pas très mal. Mais j’ai une gêne. Pas tout de suite. Pas toujours. Parfois j’ai mal le lendemain. Parfois rien. Je cours un peu moins, mais je ne ressens plus la douleur assez féroce que j’avais ressentie après de longues postures assises.

N’empêche que j’ai toujours mal, de temps en temps quand je cours, de temps en temps quand je descends les escaliers. Et aussi, toujours, quand je cours dans les couloirs du bureau. Ce qui m’arrive souvent. Bossez bougez.

Je finis par me décider à aller voir un spécialiste, après quinze jours de procrastination de plus, persuadée qu’il va m’envoyer balader (à défaut de courir) parce que ce n’est qu’un bête mal de genou tout mineur et même pas hyper douloureux, arrêtez de courir pendant 15 jours et ne revenez plus me déranger, j’ai des vrais patients qui attendent.

Je n’avais pas du tout prévu d’en ressortir avec une ordonnance pour une IRM, quelques rudiments d’anatomie, et une consigne à la fois géniale et super nulle : “Vous pouvez courir un peu, raisonnablement, si vous n’avez pas mal pendant, pas mal une heure après et pas mal le lendemain. Et étirez-vous bien.”

On a cherché la cause, et on l’a trouvée là où je ne l’attendais pas du tout : une bête chute, en jouant au tennis, au début du mois d’août. Certes, j’en avais gardé une belle éraflure justement là où mon genou me faisait mal. Mais je ne pensais pas qu’un choc pouvait se transformer en douleur articulaire. J’avais même explicitement exclu cette hypothèse en la jugeant absurde. Comme quoi je n’ai pas dû bien regarder Dr House. Et surtout, à ce que je sache, il n’y a pas eu beaucoup d’épisodes sur le Hoffa, seul mot que j’ai retenu de ma leçon particulière.

Si je comprends bien, le Hoffa n’est pas qu’un syndicalistes américain corrompu des années soixante (et dont le corps n’a jamais été retrouvé), c’est un espèce de tas de graisse dans le genou qui joue un rôle d’éponge et qui met du temps à s’en remettre quand on lui tape dessus. Ne m’en demandez pas plus, je n’ai pas tout compris chez le docteur et les schémas sur internet me mettent très mal à l’aise.

Du coup, je suis retournée courir le pied léger en veillant bien à respecter ses consignes. Six à huit kilomètres, trois fois par semaine, histoire de garder un rythme et de se sentir bien, en étant hyper vigilante à la sensation dans mes genoux, qui frôle parfois la gêne mais à un stade où il n’est pas impossible qu’elle soit dans me tête plutôt que dans mon Hoffa.

Mais ce matin, j’ai fait le choix de la raison et je n’ai pas tenté les 20 km. Parce que le plus probable, c’est qu’à un moment, j’aurais eu mal, mais je ne me serais pas arrêtée quand même. Et les genoux, il paraît que c’est précieux et fragile.

Autant vous dire que j’en suis démesurément frustrée et que j’ai mis des plombes à accepter cette décision, que je n’assume pas encore. Je crois que ça aurait été plus simple si mon médecin me l’avait interdit, mais j’étais tellement sûre de sa réponse que je n’ai même pas osé lui demander.

Internet est peuplé de récits de gens qui courent avec des articulations en vrac dans une atmosphère héroïque, à la The Revenant, et moi je suis restée sur mon canapé parce que peut être, au bout du 15ème, j’aurais eu un peu mal.

Il n’est pas impossible que j’ai eu raison, parce que je veux courir le marathon en avril prochain (je vous l’ai pas dit ?), parce que plus je force, plus la guérison sera lente, parce qu’on ne sait pas encore s’il me faudra des infiltrations ou de la mésothérapie, ou rien du tout, parce que parfois c’est plus facile de ne pas passer la ligne de départ plutôt que de s’arrêter avec celle de l’arrivée, et surtout parce que j’aime pas me faire gronder par le corps médical.

Du coup j’ai débranché Facebook, Instagram et le Tout-Paris avec sa médaille, et j’ai ruminé dans mon coin chez moi, parce que dehors je risquais de croiser un finisher jovial. Et ça a fait un article. Et je vais beaucoup mieux, là, d’un coup, j’ai rangé le t-shirt que j’ai quand même récupéré au village des coureurs hier, et je pense que d’ici quelques jours j’arriverai à jeter mon dossard.

Par contre, ne m’en voulez pas, mais cet article n’aura ni ligne d’arrivée, ni chute ; j’en ai fait une au tennis il y a deux mois et elle m’est restée en travers du genou.

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