Recettes pour ranger sainement

Les amis,

J’ai trouvé.

J’avais déjà l’amour, le job, l’appart, le meilleur legging pour courir et la palette parfaite.

Il ne me manquait presque plus rien.

Depuis que j’ai trouvé une vraie bonne méthode pour gérer mes recettes de cuisine, je me sens véritablement, pleinement, définitivement comblée.

C’est Natasha, la géniale auteur du blog Échos verts, qui m’avait mis la puce à l’oreille.

Je me suis finalement pas mal éloignée de la méthode qu’elle propose, mais c’est en lisant son article sur la planification des menus que je me suis convaincue que oui, il était possible d’organiser ses recettes, même à l’heure d’internet et de ses millions de blogs cuisine, même à une époque où, youpi, les livres de recettes végétariennes se multiplient sur les étals, et, étonnamment, sur les étagères de ma bibliothèque.

(Non, n’insistez pas, je ne sais vraiment pas qui les a posés là. C’est quand même fou, ces gens qui se croient tout permis au point de venir déposer chez vous des livres de cuisine, vous ne trouvez pas ? Avec ça, je comprends que l’inséparable trouve que j’en ai un peu trop, le pauvre.)

Bref.

J’ai pas mal tâtonné.

J’ai compris assez vite que l’application Evernote pourrait être un bon atout, mais je me suis d’abord complètement plantée sur la façon de m’en servir.

J’ai ouvert un carnet de notes (virtuel, donc) « Recettes », dans lequel j’ai commencé à enregistrer les recettes qui me plaisaient bien sur internet, depuis les nombreux blogs culinaires que je suivais.

Poussée par le totalitarisme enthousiaste qui peut me caractériser (et par l’oeil méfiant de l’inséparable sur ma collection dynamique de livres de cuisine), je suis passée par une phase « tout numérique » absolument ridicule. J’ai commencé à numériser, iPhone au poing, toutes les recettes de mes livres. L’idée, c’était ensuite de les consigner aussi dans Evernote, afin de créer une base de données complètement exhaustive des recettes en ma possession, dans laquelle je circulerais aisément grâce à un jeu d’étiquettes intelligent et au moteur de recherche de l’application.

L’hybris de l’internaute.

Évidemment, je me suis cassée les dents sur le temps nécessaire à étiqueter chaque recette, sans jamais trouver de toute façon de système vraiment opérant. Et en plus, mes photos étaient hyper moches.

Sans compter que mon plus grand plaisir, avec un livre de cuisine, c’est de le prendre sur mes genoux, sur le canapé, et d’en caresser tendrement la couverture avant de lui ébouriffer les pages. Et dans un manque flagrant de lucidité, j’aurais voulu les remiser à la cave pour n’en garder que le contenu, déformé et désincarné ? Allons allons.

J’ai mis un terme à cette entreprise, et je me suis mise à chercher un système d’étiquetage vraiment efficace, au moins pour les recettes récupérées sur l’internet mondial.

J’ai vaguement eu pour projet de créer des étiquettes/tags d’ingrédients, afin de trouver plus facilement des idées adaptées à mes placards, et puis je me suis rendu compte qu’Evernote permettait de chercher dans le texte de chaque note, y compris à partir d’une photo, et que c’était donc à nouveau complètement redondant de coller « pois chiche » à une recette de houmous.

J’ai ensuite conçu un système d’étiquetage à sous-catégories, avec une étiquette pour l’usage (entrée/plat/dessert), une si la recette doit être testée au plus vite, une si la recette m’a plu, si elle a plu à l’inséparable, une pour savoir si elle est réservée à un public d’habitués (coucou les pâtes au fromage sans fromage et les super-aliments ésotériques) ou adaptée à tous les publics, une pour l’auteur, une sur le prix, une sur le chic, une pour la bonne franquette, une pour la saison, une pour faire tremper la veille et une pour la dernière minute. Laborieux, inutile et confus.

J’ai lâché l’affaire pendant quelques mois, des livres de cuisine ont continué à s’installer chez moi ni vus ni connus, j’ai découvert de nouveaux auteurs, et puis je suis tombée sur l’article de Natasha.

Je ne l’ai pas encore complètement assimilé ; j’adore sa façon de planifier des menus et de cibler un livre de recettes pour l’user à fond pendant une période donnée, mais je n’ai pas encore réussi à m’approprier cette partie-là de l’affaire. Il faut dire que mes horaires de travail ne me permettent réellement de cuisiner que le week-end, qu’on est deux à la maison, qu’on a tous les deux un restaurant sur notre lieu de travail pour le midi (où, tenez-vous bien, nous n’avons pas le droit d’emporter notre propre lunchbox) et que je n’ai pas encore pris le pli de congeler mes productions. En gros, finalement, je cuisine pour 6 le dimanche, et on se refait le coup du « lundi on a mangé des raviolis, mardi on a mangé des raviolis… » mais avec un dahl ou un curry. Et on survit jeudi et vendredi sur des avocats et des tartines.

J’ai adoré son idée de créer un carnet de ses recettes préférées, et je me suis précipitée dans mon stock de carnets vierges, stylo-plume en tête, pour entamer l’inventaire. Et là, mon totalitarisme intérieur a repris le dessus, je me suis d’abord demandé si j’avais bien le meilleur système qui soit pour les indexer et ne pas salir ce beau papier tout blanc pour une idée qui n’était encore qu’un brouillon de concept. J’ai reposé mon stylo, mais j’ai commencé à ruminer ma propre méthode.

Mais bon sang mais c’est bien sûr # 1 : créons, sur Evernote, plutôt qu’un carnet « Recettes » fourre-tout et chaotique, trois petits carnets :

  • un « Mes recettes préférées », avec les recettes vraiment aimées, par l’inséparable et par moi, et faisables pour tout le monde ;
  • un « Mes recettes déjà faites », avec les recettes testées, sympatoches hein mais qu’on inviterait pas toutes les semaines, oui oui bisous on se rappelle hein rentrez bien ;
  • un « Mes recettes à tester », avec les recettes repérées sur la toile ou dans des livres et que je veux vraiment garder dans un coin pour plus tard.

On supprime ainsi toute une catégorie d’étiquettes pour retrouver quelque chose de beaucoup plus univoque et intuitif. Avant de faire ça, dans mon Evernote, vous pouviez trouver des cadavres d’étiquettes qui m’avaient paru tellement pratiques sur le moment : « incontournable », « I love », « He loves », « tous publics », « pour initiés », « must do », « must redo », « testé et approuvé »… Oui docteur, j’ai un peu l’étiquetage facile.

Alors que le besoin, au fond, c’est de savoir si on a envie de refaire un truc sans risque et délicieux, ou de se lancer dans un inconnu excitant. Oui, concrètement, je ne vais pas beaucoup piocher dans le « Mes recettes déjà faites », désolée cette semaine je peux pas mais on dit dans quinze jours promis ?

En fait, plutôt que de combler mon besoin maniaque de posséder et d’ordonner une infinité de recettes, je me suis mise à chercher à répondre à mon besoin pratique de trouver la recette que j’aimerais faire quand j’ai envie de cuisiner.

Une révolution copernicienne autour de l’utilisateur.

Disons donc que vous avez envie de cuisiner.

Evernote, par nature, vous propose de chercher dans le texte de vos notes, ce qui permet de satisfaire un cas de figure très simple : on m’a refourgué des scorsconères dans mon panier d’AMAP, qu’en fais-je, à part des épluchures ?

Mais en général, la quête de la bonne recette ne s’arrête pas à l’ingrédient phare. Oh non. Ca serait trop simple. Et trop ennuyeux, aussi.

Usuellement, et c’est ce que j’avais commencé à faire dans mes premiers essais, on range les recettes par type : quiche, tarte, pizza, salade, smoothie, gratin, lasagnes, pasta, crumble, etc.

Franchement, le bon niveau de granulométrie n’est pas évident à trouver. Si vous êtes trop fins, ça fait vite beaucoup de types, et en plus, ce n’est pas si évident, ni très sympa, de mettre les recettes comme ça dans des cases arbitraires : une tarte un peu humide a vite fait de devenir une quiche, et un pain sans levée peut vite tomber du côté du gâteau. Et si vous êtes larges, soit vous laissez des trous dans la raquette, soit vous finissez par confondre fonction et nature, c’est-à-dire que pour le muesli comme pour le porridge, vous créez une grande catégorie petit-déjeuner, et basta. Les pauvres. En plus, intellectuellement, si peu d’homogénéité, c’est vraiment très insatisfaisant.

(Le plus étonnant, c’est qu’un tel niveau de maniaquerie puisse se rencontrer dans un petit être pourtant si bordélique, n’est-ce-pas.)

Et puis finalement, en général, je cherche surtout des caractéristiques : si c’est un truc rapide à faire et rendu savoureux par une cuisson au four, pourquoi pas carrément un gratin ou des légumes rôtis ? Et vous croyez que les légumes rôtis, il méritent une catégorie à eux tous seuls ? Ils devraient, surtout vu comment ils sont bons en hiver, et surtout vu comment ils sont bons en été, mais en vrai, jamais vous ne ferez une catégorie légumes rôtis, alors vous les collerez sous une étiquette de fonction indigne, genre « accompagnements », et ils ne recevront jamais le succès qu’ils méritent, parce que vous ne vous servirez jamais de ces étiquettes pour engager une recherche.

Mais bon sang mais c’est bien sûr # 2 : conjuguons systématiquement une étiquette de nature et une étiquette de fonction, pour chaque recette, plutôt que de faire de l’étiquette de fonction une étiquette de nature qui n’a pas réussi. Déjà, ça nous permettra de différencier, pour chaque salade, s’il s’agit de concombres à la crème légers légers, d’une grande salade de quinoa d’été calant-calante, ou d’une salade de fruits jolie jolie. Jolie.

On va donc établir une bonne liste bien rationnelle de fonctions de recettes, et trier tout ça bien comme il faut : petit-déjeuner, apéritif, entrée, plat, plat complet, accompagnement, dessert, mignardises, goûter, boisson, assaisonnement, et hop, on recouvre à peu près toutes les occasions de manger dans une journée, et j’ai déjà plus faim.

Il ne nous reste donc plus qu’à déterminer les étiquettes de nature, en faisant un peu table rase des catégories classiques.

Mais bon sang mais c’est bien sûr # 3 : revenir au geste. Rôtir, frire, cuire à la vapeur, laisser fermenter. D’une part, parce que ça permet de couvrir tout le spectre des recettes, dès qu’il y a davantage à faire que juste croquer dans une pomme. D’autre part, et c’est là que c’est chouette, il y a une vraie affinité entre le geste, le goût et l’envie. Envie de cuisiner : tiens, je ferais bien un grand plat au four, ah non, avec cette chaleur, rien de plus qu’une salade bien secouée. Envie de manger : apporter son doudou au bureau, ça ne serait pas sérieux, mais commencer la journée par une porridge réconfortant mijoté à la casserole, ça peut se discuter.

Alors hop, on crée des grandes familles de gestes, ou plutôt de traitement principal subi par les ingrédients de chaque recette : mélangé, étalé, rôti, pétri, moulé, poêlé, mijoté, mixé, glacé, grillé, écrasé, saisi, fermenté, frit, cuit à la vapeur. Tout ça pour finir : dévoré, grignoté, savouré, dégusté, englouti. Et nous : repus et heureux.

Et j’vous jure, ce couple d’étiquettes là, il fait des Chocapics.

Une salade ? Mélangée. Et pour la seconde étiquette, ça sera selon. Cette petite salade de chou à la japonaise ? Entrée et mélangé. Vous pouvez même rajouter une petite étiquette « japonais » pour raffiner la recherche. Une grande salade au quinoa ? Mélangé, plat unique. Les fruits coupés au sirop d’épices ? Mélangé, dessert. Et le muesli du matin ? Mélangé, petit-déjeuner.

Et le porridge, alors ? Petit-déjeuner, mais mijoté. Sauf s’il est salé, comme celui de Deborah (miam) : plat complet, mijoté. Comme une bonne soupe complète. Tiens, les deux réconfortent et rassurent. Rien à voir avec la ligne « mixé », où l’on croise les smoothies consistants au petit-déjeuner, les tartinades à l’apéro, des petites soupes d’entrée, quelques purées à côté, et des smoothies, plus légers, en boisson. Bref, de quoi survivre en cas d’opération des dents de sagesse. On peut même y rajouter les glaces  « minute » à la banane congelée.

J’aime bien que des choses si différentes que des muffins, au petit-déjeuner, une terrine, en entrée, et des gaufres, au goûter, se côtoient sur la ligne « moulé ». Je sens que c’est un peu inconvenant, pour la fine dentelle d’une gaufre, de devoir fricoter avec tant de rusticité. Je sens aussi les plats qui frôlent la schizophrénie, les scones de la famille « étalée » qui se sentent un peu gâteaux, donc un peu moulés aussi, au fond d’eux mêmes, mais qui n’ont connu de support qu’un plan de travail généreusement fariné. Et ils savent, eux, que les jours où je n’aurais pas envie de nettoyer, rincer, fariner, épousseter, rincer encore mon inox, je ne regarderai pas dans leur direction.

Bon, je ne vous garantis pas qu’il n’y a pas de glitch dans la matrice. J’ai eu beaucoup de mal à trouver la place des croque-monsieur, et son affectation dans « grillé / plat » ne me satisfait qu’à moitié. D’autant plus que la nuance entre grillé et rôti, entre nous, bon.

Tout de même, je crois que j’ai trouvé un système assez opérant et raisonnable par rapport à mes besoins, qui sont autant pouvoir accéder à mes recettes, aimées ou à faire, que prendre plaisir à les ranger.

Et à trouver le meilleur moyen de les ranger.

Au prochain épisode, je vous raconterai comment j’ai conçu une liste de courses perpétuelle en 47 lignes et 10 colonnes pour la gestion optimale de mes placards. Et comment j’ai malgré tout encore oublié de racheter de la sauce tomate.

 

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2 Responses

  1. Stephane

    MERCI !!! Super post.
    Je me suis cassé les dents sur quelques tentatives. Mais j’avoue très sincèrement que votre gestion des recettes dans Evernote est tout simplement Diabolique !
    J’adopte de suite “Mes recettes préférées », « Mes recettes déjà faites » et « Mes recettes à tester ».
    Je vous adore ! C’est exactement ce que je cherchais. 🙂

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