Les plaisirs maltériels

Je n’ai pas encore fini mon Que sais-je ? sur l’histoire de Malte, mais j’ai quand même envie de vous reparler du voyage. Qu’y puis-je ?

Je vous connais, cher et brillant lectorat, et je sais que les nourritures terrestres et insignifiantes ne vous seront que de peu de réconfort dans votre attente trépignante d’en apprendre davantage sur les hommes des temples et les chevaliers de l’Ordre, après le teaser de la semaine dernière, mais que voulez-vous, commençons quand même par parler un peu de bouffe et de literie.

J’avais un livre, quand j’étais petite, qui décrivait la survie d’un papa et d’une petite fille pendant que la maman était partie quelques jours, il me semble à la maternité mais chez nous la petite soeur c’est moi, donc je ne sais pas trop comment ce livre s’était retrouvé dans mon bac à jouets et quel message il était censé y faire passer. Mais j’extrapole peut-être, et si ça se trouve, la mère était partie décrocher des contrats en voyage d’affaires et non accoucher à l’hôpital du coin, et mon souvenir n’est que la preuve qu’à six ans, je n’étais pas très féministe.

Toujours est-il que je ne me rappelle que d’une image, celle d’un papa perdu dans la cuisine, accompagné du récit de la petite fille : « le lundi, on a mangé des raviolis ; le mardi, on a mangé des raviolis ; le mercredi, on a mangé des raviolis…. ».

Ben à Malte, j’ai fait pareil.

Ce séjour a clairement été placé sous le double signe du ravioli et de la bruschetta.

Le ravioli et autres pâtes fraîches farcies font manifestement partie des chouchous locaux, et ils ont le bon goût d’être souvent végétariens et toujours démesurément imposants. De manière générale, à Malte, les portions se sont révélées être inversement proportionnelles à la dimension de l’île.

Dans leur version la plus traditionnelle, les ravjul sont plats, énormes, farcis d’une sorte de ricotta locale et barbotent gentiment les uns sur les autres dans une sauce de tomates et d’herbes fraîches, dégageant une nette impression de félicité minimaliste et obèse, heureux d’être ininstagrammables et délicieux.

Contrairement à la petite fille de mon livre, j’ai quand même pu varier les plaisir : entre les ravjul de Ħaġar Qim et ceux d’Il-Kartel, peu de saveurs communes au-delà de la douceur brûlante de la sauce tomate : chaque fromage local a son goût, chaque pâte maison a sa texture, et chaque terrasse a sa propre vue sur un côté différent de l’azur vaporeux ou de la sèche garrigue.

Quand on n’a pas très envie de goûter au traditionnel fenek, le lapin du coin, ou à la soupe de poisson et de fruits de mer aljotta, on trouve dans ces cocons de pâte fraîche un doudou confortable et gentiment dépaysant.

Une mention spéciale aux fiocchi farcis au parmesan et à la poire confite, pesto de menthe fraîche, du Country Terrace, à Mgarr. À Xlendi, havre de baignade dans l’azur, touristique mais relativement préservé, sur les hauteurs de Il Terrazzo, les raviolis sont servis par quatre, et entre nous, la raison aurait voulu que je m’arrête à trois. Dans une ruelle de La Vallette, Papannis en servait des doucement assaisonnés de balsamique et d’oignons confits, sur fond de parmesan et de pistache. Surtout, ils étaient d’autant plus savoureux que je venais de retrouver mon appareil photo perdu quatre jours plus tôt au Caffé Cordina.

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Quand je vous dis que j’ai mangé beaucoup de raviolis, donc, je ne plaisante pas.

Quant à la bruschetta, c’est un chouchou de l’inséparable, et comme l’inséparable est mon chouchou à moi, par transitivité, on en a aussi mangé tous les jours. Version garlic bread et tomates cerises chez Papannis ; traditionnels chics, avec vue sur le port et sur le match, depuis la terrasse de Scoglitti, à la Valette ; adorables sur un pain sucré et fondant, nappé de mozzarelle chaude et de balsamique sirupeux à Mgarr ; chez Ta Stringi, à Naxxar, la bruschetta servait carrément de support à une démonstration très complète des spécialités locales. Parce qu’au jeu des sept familles de la tartinade, Malte dispose d’une belle main de houmous : on n’a pas croisé de pois chiches, mais on a pioché avec plaisir dans la crème de lentilles aillée chez Il-Kartel, comme dans un trio haricots blancs / ail / pomme de terre chez Papannis, et même dans un écrasé de haricots noirs à Naxxar. Quand il s’agit de légumineuses, manifestement, les Maltais sont ouverts à toutes les couleurs.

À souligner enfin, un petit trésor umami croisé aussi chez Il-Kartel, à Marsalforn, comme un assaisonnement, une sorte de purée de tomates séchées, sucrée, salée, parfaite et irrésistible. Je crois que j’en ai trouvé un bocal à l’aéroport, mais j’ai peur de l’ouvrir et de tomber sur autre chose que ce à quoi mes papilles s’attendent. Il me semble que c’est ce dont Jamie Oliver parle aussi ici. Il faudrait surtout que j’en trouve une recette.

Je n’aurai pas le sentiment d’avoir fini le tour de l’assiette sans vous parler :

  • de la meilleure idée de l’année, vue chez Ta Stringi : mettre du miel sur les pizzas ; testé sur une calzone et avec des raisins secs et des noix. Ma vie ne sera plus jamais la même ;
  • des vacances pour le foie d’un petit combo salade de quinoa / salade de fruits au Piadina Caffé, comme à la maison, le Malta Times sur les genoux en plus ;
  • de la glace au nougat du Caffé Cordina ; tellement bonne que j’ai laissé mon appareil photo derrière moi en partant, pouf, bienvenue sur le blog du petit poucet  ;
  • du mqaret, un genre de Figolu frit, grand classique maltais ; j’ai cru ne jamais pouvoir le goûter tellement j’ai été incapable de garder une place pour le dessert. Je pense que c’est grâce à la glace vanille qu’il a pu passer, après la pizza du dernier jour ;
  • du pain local, hobza, très fier de son levain et de son pétrissage manuel ; très bon hein, c’est vrai, mais bon, j’habite en France les gars ;
  • des pastizzi, croissants fourrés à la ricotta ou aux pois cassés, très croustillants, chaque feuille du feuilleté est assez craquante, et la base est bien caramélisée-durcie grâce à la cuisson. Parfait sur le pouce, à condition de surmonter les nazis du Crystal Palace (je vous en parlais ici).

Ça fait beaucoup, dit comme ça, et pourtant on a sauté presque tous les déjeuners, modulo un petit pastizzi par-ci, par-là.

C’est qu’en fait, on était gavés dès le petit déjeuner.

Gavés d’amour, d’abord, surtout par Toby, le boxer dog des adorables propriétaires de Selmunett, la chambre d’hôtes que nous avions choisie à Naxxar. Beaucoup de kilos d’amour, de bave, de grands yeux compréhensifs et de muscles. Tellement de kilos de bonheur que sa queue battante fouettait tout sur son passage, indifféremment cuisses, bibelots, pots de fleurs et tables basses. Il me manque, le bougre, tout comme l’hospitalité et la gentillesse de Roger et Maria. Et aussi les petits-déjeuners délirants, à l’anglaise, à la maltaise et à la française à la fois, de Roger.

En vadrouille, on a aussi adoré Blue Lagoon View, à Nadur, sur l’île de Gozo, et les deux chiens de Mark n’y sont pas tout à fait pour rien. Il faut dire aussi qu’il m’avait préparé des saucisses végétariennes pour le petit-déjeuner – délirant aussi, d’ailleurs – et que ça c’était vraiment trop gentil.

Gozo toujours, une maison et un couple charmants à Hibiscus House, à Sannat. À condition de s’habituer aux toilettes dans la chambre, derrière un rideau. Oui, ça faisait aussi partie du charme de cette vieille maison habitée par un vieux couple.

En revanche, on ne recommandera pas Princess Elena, à la Valette, mais peut être que le service aurait été plus prévenant et aimable si nous n’avions pas eu l’idée d’arriver en plein pendant le match de l’Italie. De toute façon, comme on a dû revenir une heure plus tard, c’était un peu court qu’ils aient le temps de nous laisser du pain pour le petit-déjeuner.

M’en fous, à Malte, entre Toby, mon inséparable et le soleil, j’étais heureuse comme un ravioli dans sa sauce. Et j’ai même réussi à garder des proportions normales – je veux dire, une fois ramenée sur le territoire français.

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