Proust, les Kerguelen et un menu créole végétarien

L’inséparable et moi avons décidé de tenir salon.

Mes souvenirs de cours de français et d’histoire, pleins de brillantes dames de Sévigné et de Staël, sont trop pâles pour contrebalancer l’image de Mme Verdurin dans ce que la notion de salon évoque pour moi. Et comme j’ai commencé Du Côté de chez Swann au moins quatre fois sans avoir encore réussi à finir la Recherche, je commence à bien la connaître, la Verdurin. Et autant vous dire que la comparaison n’est pas flatteuse.

Le challenge n’en est que plus grand pour Monsieur et moi-même. 

Un thème géographique, huit convives prêts à y jeter l’ancre, et un dimanche après-midi en cuisine pour accommoder et nourrir les conversations.

Pour cette première édition, nous avions choisi les terres australes et antarctiques françaises. Les TAAF quoi, pour les intimes, ce qui permet de demander à quelques heureux élus : “Tu vas aux TAAF ?“, “Tu rentres des TAAF ?“, “Tu me files une TAAF ?“, “On s’a TAAF, puis on s’abandonne“, etc.

Des quais assez éloignés de celui de Conti où officiait le couple Verdurin. Ouf.

Les TAAF, ça commence autour de Madagascar, et ça finit tout près du pôle Sud. Globalement, c’est loin.

C’est la France, mais sur la table basse, l’ouvrage magnifique de Stéphanie Légeron et Bruno Marie démontre sans effort mais avec talent que les paysages et la faune là-bas n’a pas grand-chose à voir avec les campagnes métropolitaines (un aperçu sur Facebook ici).

Aux TAAF, on mange surtout du poisson, compte tenu du fait que la population est principalement composée de manchots. En fait, personne n’y habite, à part des scientifiques ou des militaires de passage.

Alors vu que l’archipel des Kerguelen n’est jamais qu’à 3 500 km à vol de manchot de la Réunion, je me suis dit que j’allais cuisiner créole. Il faut dire aussi que c’est là qu’est basé le préfet des TAAF, qui se trouve être, depuis 2014, une préfète.

Créole et végétarien, donc. Et comme je n’ai pas trouvé de menu tout prêt séduisant sur la toile, je me suis dit que j’allais déposer le mien ici, hop, et que ça intéresserait peut être quelqu’un un jour.

Je voulais me concentrer sur de la cuisine réunionnaise, mais je crois qu’au fil des clics, je me suis laissée entraîner par quelques recettes antillaises. J’espère que les puristes me pardonneront. En tout cas : c’était bon.

C’était pas trop copieux, c’était BEAUCOUP trop copieux pour huit convives. Je crois qu’il y en a un ou deux qui a failli y rester, faute d’avoir sur résister à ce gavant mélange de gourmandise et de politesse.

Attachez vos serviettes, on y va.

Menu créole végétarien

En entrée, deux options assez risquées.

Une salade d’avocats épicée et pimentée, que j’ai trouvée particulièrement intéressante car je n’avais jamais goûté d’avocat préparé avec autant d’intensité. J’aimerais bien en remanger. Peut-être avec un peu moins de piment. Mais sur le moment, j’ai joué la dure : “Ah ouais tu trouves que c’est fort ? Ah c’est marrant, je te pensais plus résistant. Oui oui, on n’a pas dû manger le même morceau. Tu me repasses du pain s’il te plaît ?

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La recette est , sur le blog de Tatie Maryse, qui a l’air vachement sympa, en plus.

Toujours sur le blog de Tatie Maryse, la recette la plus audacieuse, les gombos vinaigrette.

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C’est fou comme le visqueux se voit.

J’étais trop contente d’avoir trouvé des gombos, j’en parlais déjà ici, et j’avais l’impression que c’était la plus grande déstabilisation culinaire que je pouvais expérimenter sur mes cobayes du soir. Vous voyez cette angoisse sourde qui vous chatouille quand vous préparez à manger pour les autres ? Celle qui vous fera systématiquement déduire d’un reste laissé dans l’assiette que c’est vous, oui vous, ne détournez pas les yeux, c’est à vous que je parle, c’est vous qu’on n’aime pas et qu’on va abandonner ? Transcendez la, cette angoisse en proposant des mets qui ne plairont sûrement pas. Ne reste que la bonne surprise en voyant les gens finir leur assiette. Bon, seul un convive s’est resservi, mais franchement, c’était mieux que ce à quoi je m’attendais. On parle quand même d’un légume mucilagineux ! Visqueux. L’angoisse.

En plat, un assortiment de recettes trouvées pour accommoder les légumes que j’avais dénichés dans une épicerie exotique pas trop loin de chez moi.

Autour de la banane plantain, des bananes riz au curry toutes simples, avec du riz cuit “à la créole” (j’ai comme le sentiment que le riz à la créole, pour le coup, n’a rien de créole, mais le soupçon m’égare peut-être), une sauce épaisse et crémeuse au curry, une sauce tomate toute familière, des oeufs durs qui ont beaucoup rassuré les convives secoués par le gombo, et des bananes sautées qu’on gagnerait à manger plus souvent.

Un rougail chouchou qui dépote, très relevé, alors que le chouchou a l’air tellement inoffensif, quand on le prépare sans piment. J’ai encore joué la dure, mais en vrai je ne comprends pas tellement la nourriture pimentée : qu’est ce que le piment laisse aux autres saveurs et à la complexité d’un plat ?

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Vous les voyez, mes graines de piment ? 

J’ai eu un mal fou à expliquer que conceptuellement, c’était comme une sauce. Mais solide. Mais que ça devait tenir lieu de condiment. Mais solide. Vous voyez ce que je veux dire ?

Unanimité totale autour du gratin d’igname, hyper doudou. J’avais lu que l’igname était urticant, l’affrontement avec la bête me  stressait passablement, mais en fait j’ai eu le dessus assez vite, les mains couvertes d’huile d’arachide, “un truc de grand-mère”. En vrai, je crois que le mien était déjà dompté à l’achat. Une histoire en moins à raconter.

Du coup, l’assiette ressemblait à ça. C’est moche, mais c’était bon. Et je me sens pas encore d’attendre que ça refroidisse pour faire une belle photo. Désolée.

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Double dessert, et je crois que c’est là que j’en ai perdu quelques uns de surmenage digestif.

Gâteau patate, à base de patate douce, doux, sucré et beurré. Une texture de flan sur un arôme de patate douce, touche de vanille. Le meilleur moment ? Soulever le couvercle de la casserole où la patate douce a cuit et infusé avec les gousses. On en boirait une tasse.

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Dernier clin d’oeil, le manioc au sucre, délicieux marié avec un peu de glace vanille car décidément, ce repas manquait de sucre et de gras, vous ne trouvez pas ? Une drôle de texture épaisse et ferme et fibreuse et un peu pâteuse mais fondante quand même. Inédite me concernant. C’est merveilleux, cette sensation de n’avoir jamais fait le tour.

Bref, tels les manchots, nos convives sont repartis en glissant sur le ventre. Et moi, en pleine conscience, j’ai sauté le petit-déjeuner.

Au moins, on ne les aura pas gavés avec les diagnostics du Docteur Cottard ou avec un jeune pianiste qui “enfoncerait” à la fois Planté et Rubinstein.

 

 

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