The Arrivant.

Dimanche donc, j’ai couru le semi-marathon de Paris, mais contrairement à Leonardo DiCaprio, en deux heures je n’ai pas perdu un gramme.

Il faut dire qu’au lieu d’un coeur de bison, je me suis enfilé un plat de pâtes (alla norma, ma nouvelle passion), une demi viennoise au chocolat, cinq chouquettes, quelques dragibus et un cannelé.

J’ai aussi vu The Revenant, qui m’a finalement rendue beaucoup plus nauséeuse que les 21 kilomètres du semi et les lipides du goûter qui l’a suivi. Pourtant, de mon dernier souvenir de course, un 10 km tenu à bout de souffle derrière mon lièvre adoré, je retiens avant tout cette pensée désespérée en franchissant la ligne : « où suis-je censée vomir ? ». Cette fois-ci, mon lapin est resté au terrier, et je suis donc partie à point tout en courant un peu. Une course régulière, sans étincelles ni souffrance, pour faire connaissance avec la longueur et la durée.

Je me demande, du coup, si j’ai vraiment mérité ma course. Ça me gêne un peu.

Leonardo, lui, en a bavé grave. Et a bien mérité sa vengeance, ou pas, vous verrez. A bien mérité son oscar, aussi, dans des conditions de tournage assez hardcore, encore qu’en plein cœur du Canada et sans lumière artificielle, le tournage effectif – par moins 40 – se limitait à quatre heures par jour. A peine le temps de se geler les mains, me direz vous. Encore que moi, le temps d’arriver au métro…

Le film vous projette dès l’ouverture dans la violence aveugle et inhumaine qui est le propre de l’Homme selon Inarritu, dans toute sa lâcheté et sa cupidité. La nature, elle, brise sans détruire, et c’est pourtant pas faute d’essayer. Surtout, elle est magnifique. Hostile mais stable, même dans la tempête.

Au contraire, la violence des hommes déracinés se déchaîne. Déracinés, les trappeurs anglais envoyés rapporter des peaux sur le continent. Déracinées, les natives qui voient les colons piller leurs terres, leurs bêtes, leurs filles. Chasseurs et proies, hommes et bêtes se confondent entre le sifflement des flèches et l’explosion des fusils, sur un fond sonore indifférencié de chair alternativement déchirée et transpercée.

Les images sont magnifiques, la caméra percutante, le jeu d’acteur impressionnant, surtout que Leo grogne beaucoup plus qu’il ne parle, et l’histoire bien ficelée.

Sur le fond, le ressort philosophique du film doit pouvoir être résumé par cette image où l’on découvre qu’un indien pawnee à qui le héros doit sa vie a été pendu juste pour rire par des trappeurs (parlant français, merci). Autour de son cou, ils ont eu le bon goût de passer une petit panonceau « Nous sommes tous des sauvages ». Qui est sauvage, qui est civilisé, qui est humain et qui ne l’est pas, quel usage légitime peut-on faire de la violence, est-ce mal de dormir dans un cheval mort quand il fait froid, peut-on tuer ou laisser mourir pour survivre, etc. Classique mais efficace. On ne va pas voir The Revenant pour ça.

En revanche, si vous me dites qu’on y va pour dire qu’on a eu un haut-le-coeur en voyant DiCaprio manger sans trucage un cœur de bison cru, qu’on a tremblé alors qu’il passait des heures dans des torrents gelés et qu’on a eu mal pour lui à le voir se traîner par terre pendant des jours, vous allez vraiment me faire regretter de ne pas avoir accouché dans la douleur de mon premier semi-marathon.

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