De la balle.

J’ai découvert récemment qu’à la différence du labrador, j’étais capable de courir sans baballe.

Sur le coup j’ai été un peu déçue, car c’est un animal que j’estime beaucoup et dont je me suis toujours sentie très proche.

Et honnêtement, attraper la baballe a toujours été mon unique motivation sportive.

Au foot, entre nous, quelle autre raison de s’interposer douloureusement entre le ballon et son point de chute naturel ?

Au tennis, ce n’est pas toujours aussi opportun : être promenée sur le terrain et rattraper la balle à bout de raquette m’ont toujours beaucoup plus amusée que de gagner des points. Pas tout à fait une attitude de gagnante.

Les instants passés à courir après une balle sont absolument vierges de toute pensée parasite. C’est toi et la balle. Et c’est tout. Pas d’adversaire. Pas davantage de dossiers à boucler ou de repas à préparer. Pas de montée du FN et pas de fonte des neiges. Toi. La balle. C’est tout.

Il est vrai qu’il faut souvent saisir la baballe au sens large. Il y en a qui ressemblent beaucoup à des concurrents. De ce point de vue, à défaut de balle, j’étais toujours labrador en mesurant ma propre vitesse, à pied, à cheval, à ski ou en bateau à voile, à celle d’un autre compétiteur. L’important, c’est l’état d’esprit, pas la forme du lièvre. En l’occurrence : celui du chien bienheureux et enthousiaste à qui on donne une bonne raison d’ALLER LE PLUS VITE POSSIBLE BON DIEU C’EST LA BALLE DE TA VIE.

Il y a aussi des baballes mentales. Des trucs après lesquels on court quand on fait du sport. Un ventre plat. La fermeté. Une figure ou une posture qu’on ne savait pas faire avant. La fierté de tenir jusqu’au bout l’exercice dicté par le prof. Ses encouragements, tout simplement. L’exaltation du rythme et de la sueur collective.

Tout ça pour vous dire que depuis quelques semaines, je cours sans baballe.

Tout a commencé un beau matin du mois de janvier. J’avais eu du temps en décembre et j’en avais profité pour m’inscrire un mois dans une salle de sport extraordinaire aux prix peu ordinaires, et je cherchais un moyen pour continuer à me dépenser plus en dépensant moins. L’ennui dans l’âme, je sortis donc courir à l’aube, sans trop y croire, car je me connais et courir sans baballe m’ennuie affreusement.

En bonne élève, je décidai de profiter de ce temps de cerveau disponible pour écouter un podcast d’intello sur France Culture. D’habitude, je cours les oreilles vides parce que la musique en courant j’aime pas, ça m’empêche de trouver mon rythme et je m’ennuie encore plus en pensant que chaque chanson ne représente que 4 ou 5 minutes de course. Insurmontable.

Et puis l’inattendu arriva. Avec ma béquille culturelle, je ne m’ennuyais plus du tout. Alors j’ai eu envie d’y retourner le lendemain. J’adorais le format des nouveaux chemins de la connaissance, le podcast en question, et la façon dont j’apprenais des choses sans en avoir l’air entre 7 et 8 heures le matin. En bonne amoureuse de la chanson, j’attendais avec impatience les trésors insolites dénichées par l’équipe de production. Et au bout d’un moment, encore plus que le podcast, j’ai adoré courir : j’avais trouvé mon rythme, mon plaisir, mon horaire. Et j’ai lâché les écouteurs.

Pour être honnête, je n’ai pas complètement abandonné ma baballe. Je ne suis pas mécontente de l’idée que courir m’aide à rester ferme, mince, performante. Je suis agréablement surprise de trouver naturelle l’idée de courir une heure entière, voire un peu plus, le dimanche matin. Je ne me plains pas de pouvoir avouer que je me suis levée à 7 heures pour courir 8 bornes ce matin, sortie tranquille, rien de spécial, juste un peu de pluie et un petit 2 degrés, mais j’étais bien couverte, nan, zéro mérite, arrête.

Dimanche, je vais courir mon premier semi-marathon, et c’est sans conteste une sacrée baballe. J’ai tenu deux mois en me disant que je ne ferai pas de courses, que je courais pour la beauté du geste et la sensation pure, la foulée libre. Depuis que je me suis inscrite au semi sur un coup de tête, j’ai du mal à m’empêcher de rêver d’un marathon, de l’épreuve, de la fierté, du t-shirt du finisher.

Je vous ai déjà parlé de ma chienne ? C’est un tout petit format, même pas un quart de labrador, mais c’est une sacrée coureuse de baballe. Ce que je n’ai pas encore réussi, avec elle, c’est lui apprendre à la lâcher.

 

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2 Responses

  1. Ah, moi aussi j’aimerais courir le matin de 7 à 8, mais je n’ai pas encore trouvé ma baballe ! En te lisant, j’ai l’espérance d’y arriver un jour! Parce que c’est comme ça qu’on progresse à la courses!
    Et ce semi, ça s’est bien passé?
    Bises

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